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Taxi, terre d’accueil…

russe

Je suis tombé sur cette photo par hasard sur le net de ce chauffeur de taxi russe qui se tient au courant des nouvelles de son pays à travers un journal, il aurait très bien pu être d’une autre origine car le Taxi à de tout temps été un métier d’intégration, une roue de secours sociale pour les populations victimes de conflits géopolitiques ou économiques.
C’est ainsi qu’à travers les méandres de la misère humaine et de ce qu’elle a pu engendrer, des aléas climatiques pour les paysans aux conflits meurtriers, comme pour les milliers de Russes pourchassés par les bolchéviques, les Portugais, les Espagnols ou les Italiens fuyant, parfois, à pied avec femmes et enfants les tyrannies et les dictatures d’un Salazar, un Franco ou un Mussolini pour repartir de zéro, dans un pays dont ils ne parlent pas la langue et dont ils ne connaissent qu’une seule chose apprise dans les livres d’histoire, la France est par excellence la patrie des droits de l’homme.
Les Trente Glorieuses et les périodes post coloniales amenèrent également une main d’œuvre initialement destinée aux usines et aux tâches subalternes, mais qui allait finir, par dépit ou par une volonté d’une meilleure situation, derrière le volant d’un taxi.
Soucieuse de rendre l’accès à la profession plus difficile et prendre par là même son destin en main, l’industrie a construit peu à peu un coffre-fort dans lequel elle s’est enfermée, si bien qu’aucune politique n’a réussi à trouver la combinaison, même à coup de rapports signés par les plus grosses pointures du monde économique, se voyant les uns après les autres échouer pour mettre la main sur ce remède soit disant anti chômage, du Général de Gaulle à Sarkozy, chaque confrontation à des hausses des demandeurs d’emploi ou à des crises économiques et sociales, on repartait à la charge pour faire tomber les ponts-levis de la citadelle imprenable des taxis, en vain, du moins jusqu’en 2009.
Le cheval de Troie, un virus informatique, mais surtout un épisode de la mythologie grecque, Ulysse agacé de s’être cassé les dents pour prendre une ville qui lui résiste, réussit à y pénétrer en postant un animal familier, un cheval en bois devant la porte des assiégés. Les assiégés le rentrèrent pour voir en sortir des guerriers, les menant a leur perte. A quelques crins près, c’est ce qui est arrivé aux taxis, après maintes offensives, les gouvernants ont changé leurs fusils d’épaule, puisqu’on ne peut déréglementer une profession sourde à l’idéal du plein-emploi, attaquons-nous à ce qui lui est familier, la grande remise. Celle-ci accepta avec la bénédiction des représentants du taxi de signer les yeux fermés une mutation au risque de mettre en péril un équilibre et une cohabitation jusque-là relativement harmonieuse, sur des promesses de monts et merveilles version 1.0, le tout bien encadré par des lois qu’ils ont jurées, (s’ils ne pouvaient les tourner dans leurs intérêts respectifs), de respecter.
En place et lieu du nouveau monde enchanté promis par Novelli est né, un imbroglio sans queue ni tête, une dé-professionnalisation massive caractérisée par ce miracle qui créa un appel d’air d’une importance inédite, tout le monde peut faire le taxi ou presque, juste le temps de se familiariser avec cette appellation venue d’ailleurs, VTC, le job du siècle, une facilité d’accès et d’exercice aux antipodes de celles imposés aux taxis. On ne peut plus injuste et économiquement criminel, au grand dam de celui qui a déboursé une somme folle pour sa licence, que dire alors de celle qui n’est plus la grande remise victime de son erreur fatale en choisissant de mourir pour que renaisse de ses cendres un je ne sais quoi, mais belle revanche pour Ulysse ou plutôt les politiques.
L’enjeu pour les taxis:
Dans le royaume d’une profession où le pessimiste est roi, on ne sait plus à qui la faute, ni, a quels saints se vouer, la guerre serait perdue d’avance, à l’image d’un malade sur le lit d’un hôpital rongé par un mal qu’il pense incurable, désespéré au point de refuser de saisir l’antidote à portée de ses mains. Pourtant jamais une prise de conscience et une remise en question aussi profondes ne s’étaient emparées du taxi auparavant. Il ne s’agit plus de transporter des clients entre le point A et le point B, la donne a changé, le pouvoir est rendu au client et à lui seul, n’en déplaise à cette petite minorité de taxis qui le malmène et jette l’opprobre sur les autres.
Quelques batailles de perdues, mais la guerre est loin de l’être, si et seulement on recentre le client dans l’équation, si nous admettons que le taxi est un métier de service et doit être rendu comme tel, chacun de nous est client dans la vie de tous les jours et sait ce qui peut être un critère pour aller ou ne plus aller chez un commerçant, des gestes et des comportements des plus simples à l’investissement dans un véhicule pour le confort de tous les occupants du véhicule y compris le chauffeur, accepter le paiement par carte, ne plus refuser les courtes destinations, etc.
Les VTC sont voués à dilapider l’héritage de la grande remise, il ne tient qu’a nous et à nos représentants de prendre les bonnes décisions, aux autorités de prendre leurs responsabilités en appliquant les sanctions qui s’imposent aux brebis galeuses, des sociétés aux chauffeurs, encore une fois, penser au client est la clé de voûte d’une reconquête efficace.

Nbkf.